« Bio contre bio : une PME et des « zadistes » se disputent une ferme au nord de Rouen » (AFP, 7 août 2015)

ferme des bouillons champs

L’AFP a rédigé une dépêche à propos de la situation actuelle aux Bouillons, largement reprise dans les médias nationaux. L’ensemble donne une impression un peu mesquine de « cour de maternelle », et l’emploi, incontournable dans ce genre de publications, du qualificatif « zadistes » pour décrire nos militants passe au-dessus de la grande richesse de profils qui font vivre les Bouillons, largement mieux documentée dans la presse régionale.

Bio contre bio :
une PME et des « zadistes » se disputent une ferme au nord de Rouen

AFP, Hervé Lionnet, 7 août 2015

Des militants écologistes alternatifs qui occupent depuis deux ans et demi une parcelle agricole achetée par le groupe Auchan à Mont-Saint-Aignan, au nord de Rouen, pour lui conserver sa vocation agricole, pourraient voir, ironiquement, le terrain leur échapper au profit d’une PME qui veut y pratiquer du maraîchage bio.

En quelque sorte « pris à leur propre jeu », les militants, certains issus du mouvement « zadiste », ont dû, en urgence au milieu de l’été, boucler et déposer un projet d’exploitation concurrent de celui de la PME.

« Occupation citoyenne » assez unique en France, qui n’a pas jusqu’ici donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre, la ferme des Bouillons était néanmoins devenue, comme les dizaines d’autres « ZAD » ou « Zone à défendre » qui ont essaimé contre toutes sortes de projets – aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, barrage de Sivens (Tarn), parc de loisirs à Roybon (Isère) -, un épineux dossier pour les autorités locales.

Des décisions de justice, non encore appliquées, ont été prises en vue de son évacuation.

Située au nord de Mont-Saint-Aignan, en contrebas d’une rocade, cette ferme de 4 hectares de terres cultivables avec des bâtiments en mauvais état était devenue la propriété d’Immochan, branche immobilière du géant de la distribution qui avait un projet – supposé – d’implantation d’une zone commerciale.

Des militants écologistes et alternatifs ont commencé à occuper les lieux en décembre 2012 et cette petite zad normande a jusqu’ici vécu des jours tranquilles, tout en faisant régulièrement parler d’elle dans les médias locaux.

Mais début août, le dossier a pris un tournant inattendu.

Immochan a en effet renoncé à cette parcelle et a signé un compromis de vente pour 150.000 euros avec des experts paysagistes, les frères Thibault et Baptiste Mégard, qui ont formé une SCI familiale et sont soutenus par la PME paternelle « Oeuvre d’arbre ».

 

– ‘business-plan’ contre décroissance –

 

Cette transaction discrète, mais repérée par un syndicaliste de la Confédération paysanne, a provoqué un branle-bas de combat au sein de la ferme des Bouillons qui, en réplique, vient tout juste de déposer auprès de la direction de l’agriculture (DRAAF) son projet de maraîchage bio, de permaculture, de vente directe de produits et d’atelier pédagogique.

Sur le papier, les « zadistes » normands auraient pu se réjouir de voir leur projet de maintien de la vocation agricole des terres conforté, mais ils ont aussitôt soupçonné leurs concurrents d’être prêts à céder les parts de leur SCI au groupe Auchan dans quelques années.

Et au-delà du procès d’intention, c’est un véritable choc des cultures qui ressort du combat de ces projets « bio » concurrents: l’entreprise classique qui parle « business-plan » versus un joyeux capharnaüm autogéré, haut-lieu des luttes et des cultures alternatives, nettement plus tournées vers la décroissance.

« Nous ne sommes pas des amateurs et nous avons déposé un véritable business plan sur cinq ans », a indiqué à l’AFP Thibault Mégard, soulignant la complémentarité avec la PME familiale dont les déchets verts pourront être utilisés.

« Ils n’ont fait que copier notre projet et le système de la SCI a déjà été utilisé pour la ferme des mille vaches dans la Somme », rétorque Philippe Vue, un des porte-parole des Bouillons.

Le projet des experts paysagistes a pris une longueur d’avance. Il est en cours d’examen par la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) de Haute Normandie: elle n’y trouve rien à redire mais devra se prononcer définitivement fin août.

« Que le meilleur gagne », lance Baptiste Mégard, jeune ingénieur agronome. Reste à savoir si le match ne donnera pas lieu à quelques débordements.

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