« Des Champs, pas d’Auchan » (PressepapiersEJT, 21 janvier 2015)

Olivier Levrault, jeune normand apprenti journaliste à l’Ecole de Journalisme de Toulouse, a publié un joli article à propos de notre combat sur le blog des étudiants de l’école.

A découvrir ici, ou ci-dessous.

“Des champs, pas d’Auchan“

Par Olivier Levrault.

À l’entrée de la ferme des bouillons, zone à défendre (ZAD) située à Mont-Saint-Aignan près de Rouen, les visiteurs sont avertis par une pancarte des choses qui pourraient leur arriver, comme « Attraper un coup de bonne humeur ; Rencontrer des gens dangereusement intéressants/Ne plus vouloir repartir. » Un autre panneau précise que nous entrons dans « une ferme occupée ». Achetée en 2012 par le groupe Auchan pour y implanter un supermarché, cette ferme de quatre hectares est depuis occupée par un groupe d’une dizaine de personnes, membres de l’ « Association de défense de la ferme des bouillons ».

Petit-déjeuner et couture, au calme.
Petit-déjeuner et couture, au calme.

Dans la belle bâtisse à colombages, on prend le petit déjeuner sur la grande tablée fabrication maison. Café pour tous et discussions détendues, les mines s’éveillent dans la salle traversée par le soleil matinal. Partout au mur, des affiches ou tracts militants rappellent la solidarité qui existe entre les différentes ZAD de France. Un tableau rempli d’inscriptions à la craie est divisé en différentes rubriques. Avec la colonne « Occupants », chacun sait qui sera là tel ou tel jour. La ferme est un lieu de passage pour certains occupants réguliers, ou juste éphémères. Sur cet immense post-it, on trouve aussi les divers projets, réunis dans les cases « Ferme », « Bricolage », « Comm’ » ou « Culturel ».

« La Tambouille »

Raphaëlle, étudiante en design textile, fait partie de la commission culturelle de l’association. Avec d’autres, elle s’occupe d’organiser des événements tel que le festival de « La Tambouille », qui a réunit plus de 2000 personnes en septembre dernier autour de concerts, de spectacles et de conférences-débats. Elle nous guide à travers les dix bâtiments qui composent la ferme. Dans « la briqueterie », l’association a installé une salle de projection. « La semaine dernière, la ferme a organisé un festival de courts métrages », raconte-t-elle. Prochaine séance, Volem rien foutre al pais, documentaire prônant la décroissance.

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L’âne des Bouillons

Tagués par des collectifs de street art rouennais, trois gros hangars s’ajoutent au décor. Le premier est rempli de camions, camionnettes et caravanes, avec ou sans moteur, qui attendent une réparation. C’est l’atelier. Et accessoirement, une salle de concerts, durant les festivals. Le deuxième est un lieu de stockage. Enfin, le dernier est dédié à la détente et aux soirées. Sur la droite, un baby-foot précède la bibliothèque. Sur la gauche, le bar, avec un écriteau « Cidre 1€ ». Au sol, la moquette magenta molletonnée, et dessus, quelques tables entourées de chaises et de gros fauteuils colorés. Au fond, une petite estrade est installée pour les sessions théâtre.

Projet de permaculture

De culture, il en est également question dans la terre. Si, à l’intérieur de la serre, quelques laitues pointent difficilement le bout de leurs feuilles, Antho, le maraîcher attitré, travaille sur une idée de permaculture. Cette technique, qui rend la terre plus fertile, nécessite la création de buttes permanentes, composées de branches, de feuilles, de compost et de terre. « On aimerait finir la première butte avant la fin janvier, lance-t-il, histoire de commencer à planter rapidement. » Le jeune maraîcher s’est également documenté sur la plantation de légumes anciens, en voie de disparition.

Des légumes et fruits primeurs pourront bientôt côtoyer l’âne, les moutons et les poules de la ferme. À moins que la préfecture de Rouen n’en décide autrement. Jeudi 18 décembre, l’arrêt de la cour d’appel confirme l’ordonnance d’expulsion, sans toutefois fixer d’astreintes financières. « En théorie, commente Raphaëlle, le préfet ne peut plus se cacher derrière l’attente de la décision de justice et peut demander notre départ à tout moment. » Une organisation a été prévue pour une occupation pacifiste et massive de la ferme en cas d’intervention des forces de l’ordre. Les zadistes continuent leur combat, forts de quelques victoires, comme le passage de la ferme en janvier 2014, de zone à urbaniser, à zone à protéger. Avec ce statut, Auchan ne peut actuellement pas construire sur les lieux.

Installation du second poêle à bois.
Installation du second poêle à bois.

Alors que les habitants, qui passent leur deuxième hiver dans la maison, installent un deuxième poêle à bois pour affronter le froid, tout indique que leur dessein s’inscrit dans le long terme. Pour illustration, un projet de rachat de la ferme. L’association des Bouillons s’est associée avec l’association « Terre de liens », qui achète des terrains agricoles via une participation citoyenne. Avec ce système participatif, l’association compte sauver la dernière ferme du plateau rouennais, et ainsi donner raison à son slogan : « Des champs, pas d’Auchan ! ».

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