« La botte secrète des Bouillons » (Paris Normandie, 16 juillet 2014)

Pour empêcher la démolition du site, théoriquement possible jusqu’à expiration du permis de démolir détenu par Immochan, dans dix jours, nous avions gardé une botte secrète : la présence sur le site d’au moins trois espèces protégées, pour lesquels Immochan n’a pas demandé de dérogation.

La botte secrète des Bouillons

Depuis dix-huit mois, les terres sont remises en culture.

Depuis dix-huit mois, les terres sont remises en culture.

Pour empêcher la démolition du site des Bouillons, propriété d’Immochan, l’association de protection de la ferme a elle aussi « bétonné » sa riposte.

Face au permis de démolir (déposé le 12 juin 2012 et qui court jusqu’au 27 juillet), les opposants viennent d’interpeller le préfet de Région (par un courrier en date du 10 juillet) en lui signalant que le propriétaire n’a pas demandé de dérogation au titre du code de l’environnement.

Des espèces protégées

« La loi stipule qu’avant d’effectuer des travaux, tout projet d’aménagement doit prendre en compte les espèces protégées. Et qu’il faut donc demander une dérogation aux services de l’État », signale Philippe Vue, porte-parole de l’association en citant l’article L 411-2 du code de l’environnement. « Et cette dérogation n’a pas été instruite auprès de l’administration comme nous avons pu le vérifier auprès de la DREAL (N.D.L.R. : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du Logement). »

Dès le début de leur installation sur le site (11 bâtiments dont trois maisons d’habitation et huit bâtiments agricoles), ceux qui militent pour la préservation d’un espace agricole et naturel ont fait réaliser des observations de l’état de la faune et de la flore par des naturalistes. « Différentes espèces protégées avec leurs habitats ont été recensées dans un rapport avec photo à l’appui que nous avons transmis aux services de l’État. Il s’agit notamment d’hirondelles avec leurs nids, mais aussi d’amphibiens comme des crapauds communs et des grenouilles rousses », cite Philippe Vue. Le groupement mammologique normand qui a été également sollicité a indiqué que les bâtiments étaient potentiellement favorables à la présence de chauves-souris.

Empêcher les bulldozers

La réglementation prévoit qu’en cas de présence d’espèces protégées, le porteur de projet doit prendre en compte cet aspect et réduire l’impact de ses travaux. Et s’il ne le fait pas, il s’expose à des sanctions financières, voire à la suspension des travaux.

C’est un peu ce qui était arrivé début 2000 pour les travaux de l’A 28 avec le fameux pique brune, un scarabée qui avait bloqué pendant plusieurs années dans la Sarthe une partie du chantier. « En cas de menaces sur la biodiversité, il faut des mesures compensatoires », rappelle Philippe Vue qui au passage s’étonne qu’un groupe « de professionnels comme Immochan n’ait pas prévu un tel scénario. »

Cet argument en faveur de l’environnement, l’association le préparait discrètement depuis le début de l’occupation du site de 4 hectares en décembre 2012. « C’était notre botte secrète, notre dernière cartouche pour empêcher les bulldozers. »

Sophie Bogatay

s.bogatay@presse-normande.com

Source : http://www.paris-normandie.fr/detail_communes/articles/1021338/region/la-botte-secrete-des-bouillons-1#.VLjb0nujCAw

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