« La Ferme des Bouillons résiste » (Paris-Normandie, 9 janvier 2015)

Le quotidien Paris Normandie a consacré dans ses pages agricoles du 9 janvier un article au projet porté par le collectif occupant la ferme des Bouillons, à découvrir ci-dessous.

LA FERME DES BOUILLONS RESISTE !

Production maraîchère.

Guidé par les principes de l’agroécologie et de la relocalisation, le collectif construit un lieu où coexisteront production agricole et actions culturelles. Des activités qui seront tournées vers le public.

 

« Mettre en place une production maraîchère biologique sur une petite surface et développer des circuits courts, c’est le sillon que l’on veut creuser ici« . Malgré la confirmation par la cour d’appel de Rouen du jugement ordonnant leur expulsion du site, les membres du collectif de la ferme des Bouillons à Mont-Saint-Aignan continuent d’affiner le projet d’activité agricole qu’ils entendent installer sur cette ferme de 4 ha achetée en 2012 par le groupe Immochan et qu’ils occupent depuis la fin de cette même année.

Aménagement d’une butte « autofertile »

Montrer, par l’exemple, qu’une agriculture fondée sur l’agroécologie, le « respect du vivant » et l’agroforesterie peut nourrir des familles, faire vivire des paysans et maintenir des fermes à proximité des villes, voilà ce à quoi s’attelle le maraîcher en charge de la production agricole sur la ferme. Seul salarié de l’association créée suite à l’occupation du site, il poursuit en ce moment l’aménagement de la serre de 300m2 dont l’association a fait l’acquisition. Il termine ainsi notamment la construction d’une butte « autofertile » constituée de feuillages partiellement décomposés issus de parcs publics sur lesquels sera ajoutée de la terre végétale.

Les principes de la permaculture qui s’inspire des fonctionnements écosystémiques guident ici les choix techniques au quotidien. La ferme produit déjà des légumes. Depuis juin 2013, une vente est organisée chaque samedi sur site. « Les légumes y sont proposés, complétés depuis peu par divers produits tels que du fromage, du cidre, du jus, fournis par d’autres producteurs sympathisants et engagés eux aussi, souligne le maraîcher, dans des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement« .

Aux « Bouillons », l’autogestion est le principe de vie en groupe et chacun peut s’investir dans l’activité qui le motive. Le projet agricole, au même titre que d’autres thèmes, est animé par un groupe de travail plus restreint. « On est de moins en moins dans l’urgence, explique autour d’un café le maraîcher des Bouillons accompagné d’un autre membre du collectif qui porte le projet agricole. Après la plantation de pommes de terre symbolique, le lendemain de l’assignation par un huissier à quitter les lieux, on a assuré petit à petit la production pour l’autoconsommation. Aujourd’hui, on engage une dynamique pour installer progressivement l’activité agricole« . Formés déjà pour certains d’entre eux aux techniques agricoles, les membres du collectif des Bouillons vont régulièrement approfondir leurs connaissances chez divers producteurs afin de faire les bons choix agronomiques.

Ce n’est pas que de l’agriculture

Comment voient-ils la Ferme des Bouillons à terme ? « Un lieu où coexistera production agricole et actions culturelles, répondent avec enthousiasme les deux occupants. L’agriculture s’est peu à peu isolée du reste de la société. En venant à la ferme lors de projections de cinéma, de spectacles, de chantiers agricoles participatifs, les gens se sensibilisent aux réflexions agricoles. Un lieu comme les Bouillons peut permettre aux citoyens de trouver une place dans l’agriculture« .

La ferme des Bouillons est déjà bien connue pour son programme culturel éclectique, ça ne devrait donc pas changer. Elle offre aussi régulièrement ses espaces pour la tenue de réunions syndicales, et plusieurs artisans y ont posé leurs valises pour développer leur activité. Décidément, une ferme, ce n’est pas que de l’agriculture.

Christophe Trehet

VERS UN RACHAT

DE LA FERME DES BOUILLONS

 

Un appel à promesses d’achats a été émis par l’association de sauvegarde de la ferme.

A la ferme des Bouillons, on ne fait pas qu’occuper un lieu pour protester contre la spéculation foncière. Le collectif installé sur place imagine, et met déjà en œuvre, un projet d’activité agricole basée sur le maraîchage biologique et la vente directe. Mais depuis la confirmation récente de leur expulsion par la Cour d’appel de Rouen, toute agriculture ne pourra véritablement se maintenir que lorsque sera levée cette épée de Damoclès.

Les projets immobiliers ont changé

Alors plutôt que de se résigner, l’association créée suite à l’occupation fin 2012 de ce site acheté à prix d’or par le fonds d’investissement Immochan, 720 000 € pour 4 ha… a décidé de se préparer au rachat de la ferme. D’autant que les projets immobiliers d’Immochan ont pris du plomb dans l’aile depuis que la municipalité de Mont-Saint-Aignan a modifié le statut des terres de la ferme : de « zone à urbaniser » celles-ci ont été classées « zone naturelle à protéger ». Autrement dit, « Immochan ne peut désormais plus faire autre chose que de l’agriculture sur la ferme« , se réjouissent les membres du collectif des Bouillons.

Quelle valeur réelle ?

Toutefois, le rachat n’est pas pour demain, et pour cause, Immochan ne vend pas. Mais l’association a d’ores et déjà émis un appel à promesses d’achat de parts qui, le temps venu, pourront être confirmées si le fonds d’investissement changeait d’avis. 103 € pour 6m2 de terre agricole, voilà l’offre publiée. Et pas question de racheter la ferme au prix où elle a été vendue.

Terre de Liens, qui accompagne l’association pour la sauvegarde de la Ferme des Bouillons, a sollicité une expertise auprès des services des Domaines. « 720 00 €, c’est un prix spéculatif, attisé par la possible urbanisation du site à terme. C’est absolument délirant, dénoncent les membres du collectif des Bouillons. Les Domaines vont évaluer la valeur « réelle » de cette ferme, au vu de l’état des bâtiments et des terres. Une fois le montant transmis par le service, la revente de la ferme ne pourra se faire qu’à ce prix maximum. »

Le collectif réfléchit par ailleurs au statut juridique le plus adapté au portage de l’activité agricole une fois la ferme acquise par épargne solidaire, aidé pour cela par Terre de Liens. Groupement foncier agricole, formes coopératives, articulation de plusieurs structures sous divers statuts ? Les réflexions vont bon train.

« Une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, qui permet d’associer des acteurs multiples autour du projet, tels que des bénévoles, des collectivités, des salariés, des bénéficiaires, aurait comme intérêt de traduire concrètement l’intérêt public du maintien de cette ferme à proximité de la ville« , note le maraîcher des Bouillons en charge du projet agricole.

Quoi qu’il en soit, les membres du collectif partagent déjà leurs acquis d’expérience avec des « compagnons en lutte sur d’autres sites achetés par Immochan ».

Christophe Tréhet

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