« Mohamed, 22 ans, occupant de la Ferme des Bouillons » (Citoyens en transition, 23 décembre 2014)

On les appelle « points chauds« , on rappelle souvent les enjeux sociaux, économiques et écologiques, mais on parle peu des groupes d’individus qui vivent sur certains de ces endroits. Nos pères avaient le service militaire pour découvrir le vivre ensemble, notre génération, elle, crée ses propres espaces d’expérimentation. En périphérie de Rouen, il existe une ferme où les rencontres et les échanges sont remarquables de diversité. Comme Charlotte, Manu, Matthieu, Marie, Lucie, Morgan, Camille, Bud, Flo, Grand-mère… Mohamed a un jour débarqué à la Ferme des bouillons, il raconte.

10295788_479223275542161_3408167105090882642_nJe m’appelle Mohamed, j’ai 22 ans et je vis à la Ferme des Bouillons. Depuis la ZAD du palais de justice à Rouen, je suis resté dans ce nouveau monde que je ne connaissais pas. Avant, je ne m’intéressais pas aux ZAD (zones à défendre) car je n’en avais pas entendu parler. Je me sentais renfermé dans ma bulle, bloqué entre des barrières invisibles, à court de questions. La Ferme des bouillons, c’est un début. C’est l’occasion de trouver de nouvelles questions, de nouvelles réponses introuvables dans les Auchans, les barrages et les aéroports

Je connaissais vaguement la ferme mais je ne m’attendais pas à ça, c’est encore mieux que ce qu’on m’avait dit ! Pour comprendre, faut venir, faut passer du temps, participer aux réunions, essayer, proposer. Je me sens bien, on ne me presse pas, on fait ce qu’on a à faire, on vit en communauté. Je travaille à la serre, je donne des coups de mains. Il n’y a pas de but lucratif, on donne de soi-même parce qu’on en a envie, le but c’est l’envie.

Tout proche de la ville mais pourtant au calme, dans la dernière ferme proche de Rouen, les gens m’ont accueilli sans savoir qui j’étais. C’est stimulant comme endroit, il y a toutes les origines : des menuisiers, moi je suis fondeur, il y a aussi des ingénieurs, des artistes… Nous sommes tous différents mais on coopère, on collabore, on avance tous ensemble au lieu de l’habituel chacun pour soi. Quand on parle de nos activités et de nos réalisations, que ce soit ma façon de penser ou mes aptitudes, j’élargis mon champs de vision. Une banale discussion à propos d’un chantier par exemple débouche souvent sur quelque chose de plus grand qu’à l’origine.

Quand mes potes me demandent pourquoi je ne suis plus où ils avaient l’habitude de me voir, je leur parle de la ferme, je leur raconte. Ils aimeraient venir aider au besoin. Pour l’instant, ils s’en tiennent à passer me prendre à l’occasion. C’est le début !

J’ai l’impression d’avoir un peu grandi, je prends des vraies décisions, je me bouge et rapidement on s’est mis à me solliciter. Je suis plus capable qu’ailleurs, je peux expérimenter dans un tas de domaines. Je sais déjà faire plein de choses que je peux partager et vice et versa, j’apprends et apprends beaucoup. Être ici me donne de l’assurance et de l’enthousiasme, ça enrichit mon imagination. Un idéal pour demain, cela ressemblerait à ici.

Après mon BTS en Conception de Produits Industriels, je voulais rejoindre une entreprise de fonderie d’arts renommée de Paris. Je n’y croyais pas trop mais je sens qu’en vivant à la ferme j’évolue en tant qu’artiste (fonderie d’art) grâce à un oeil neuf. Maintenant, il m’arrive de penser à aller à Paris pour m’y mettre. Pour l’instant, je suis bien ici mais c’est devenu un but plus accessible.

T’as quelque chose d’autre à ajouter ?

Zad partout !

Publié sur Citoyens en Transition

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