Pendant ce temps là à Bruxelles, les exploitants agricoles manifestent devant la Commission Européenne – carte postale (8 septembre 2015)

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Feu devant la Commission Européenne, Bruxelles le 7 septembre 2015

Brussels, September 7, 2015. AFP PHOTO/Emmanuel Dunand

Des membres du collectif des Bouillons étaient présents à Bruxelles lors de la manifestation des éleveurs le 7 septembre. Subventions, gros tracteurs et explosifs, voici leur carte postale de Belgique.

Quartier européen, le lundi 7 septembre aux alentours de 16h. Une partie du centre ville est bloquée depuis ce matin : places surveillées et placées sous barbelés, accès interdits « par sécurité », arrêts de métro non-desservis…

Nous engageons la discussion avec une femme dans le métro, qui semble totalement ignorer les tenants et aboutissants de cette manifestation.
« Vous ne pourrez pas sortir à ‘Schuman’, dit-elle, il faut s’arrêter avant et aller à pied. »

Manifestation des agriculteurs à Bruxelles

Un peu plus tard, entrant au coeur de l’action, nous croisons de jeunes agriculteurs remontés, prêts à tout derrière la carrosserie de leurs tracteurs dernier cri. Bien installés dans leurs cages en métal, nos manifestants voudraient presque cacher la faiblesse de leurs arguments revendicatifs.

crédit photo : https://www.deere.fr/

Cet engin de destruction massive, haut de deux étages, est le symbole des subventions européennes. En d’autres termes, il est la mascotte des lobbyings agro-industriels qui défendent leurs propres intérêts, sans aucune considération pour le respect de la planète et de ses habitants.
Destruction de la structure inhérente à la microbiologie des sols, pollution de l’air par une empreinte carbone plutôt mauvaise, utilisation de cette machin afin de remplacer les hommes au travail, sont les synonymes d’une agriculture aux antipodes de la solidarité paysanne.

 

Banderole de la manifestation des agriculteurs à Bruxelles

Banderole de la manifestation des agriculteurs à Bruxelles

 

En effet, la Politique Agricole Commune (PAC) injecte des sommes astronomiques pour financer une agriculture productiviste qui va droit dans le mur. Ces décisions, qui sont prises à l’échelle européenne, font partie d’une ligne globale qui régit actuellement le monde agricole sur différents points : formation, aménagement territorial, accès au foncier, aides financières, syndicalisme, lobbying. Résumons en disant que la crise connue par ces exploitants est générée par les institutions. C’est le serpent qui se mord la queue : les victimes de cette politique marchent main dans la main avec leur oppresseur, représentant ainsi le paradoxe actuel.

Manifestation des agriculteurs à Bruxelles - tracteurs

Manifestation des agriculteurs à Bruxelles – FDSEA

Et qu’en est il du TAFTA ? (TransAtlantic Free Trade Area, traité de libre-échange transatlantique)

« Ce projet de Grand marché transatlantique vise le démantèlement des droits de douanes restants, entre autres dans le secteur agricole, et plus grave encore, la suppression des ‘barrières non tarifaires’ qui simplifieraient la concurrence débridée et empêcheraient la relocalisation des activités. » (www.confédération paysanne.fr, article « Stop TAFTA »)

Tracteur "John Deere" en papier

Tracteur « en carton »

« Si le projet aboutit il instituera la zone de libre-échange la plus importante de l’Histoire, couvrant 45,5% du PIB mondial ».

Et oui, l’abolition des droits de douanes, l’abaissement des normes et l’ouverture des marchés publics amèneront à déployer encore plus largement les portes de la mondialisation des denrées alimentaires, et une distribution plus confortable des produits venant d’Outre-mer. Ajoutons que ces mesures de libération des marchés provoqueront d’autant plus de concurrence et donc une non-compétitivité des exploitants européens tant attachés à cette cause.
À l’heure du 21ème siècle, et à l’aube de la COP21, nous devrions engager des procédures visant à faciliter les circuits-courts à la fois dans l’alimentation et dans tous les autres échanges commerciaux.

Manifestation des agriculteurs à Bruxelles - europeNotons que ceux qui viennent mendier à Bruxelles aujourd’hui ne s’étaient encore jamais mobilisés physiquement contre cet accord transatlantique. Des pétitions ont été signées mais à notre connaissance, pas de descente dans la rue quant à ces négociations pour le moins inquiétantes.

Alors qu’ils parlent de rentabilité, d’exploitation, de consommation en grande distribution, nous prônons l’antonyme Permaculture (bio-mimétisme, éthique, durable et local).

 

Manifestation des agriculteurs à Bruxelles - oeufs

Mais revenons-en au fait, pendant que des oeufs sont jetés par les JA (Jeunes Agriculteurs), des hommes et femmes en costard-cravate, les « gens pressés » de notre ère progressiste, élus ou autres commerciaux fuient leurs responsabilités, en tentant de se frayer un chemin à travers le dispositif policier ahurissant déployé pour l’occasion.

 

Sortis de la fourmilière, ils n’ont pas l’air très fiers, créant là une montée de violences chez les revendicatifs qui ne tardent pas à faire sonner leurs Klaxons tous en coeur, agrémentés des détonations étonnantes et assourdissantes de leurs pétards dignes d’explosions hollywoodiennes. Repartant sur leurs grands chevaux (sic) nos fameux compères militants se dirigent vers le parlement européen, et en profitent pour écraser quelque mobilier urbain au passage. Leur dangerosité n’a d’égal que leur manque de remise en question. Ils arrachent tout et menaceraient n’importe qui.

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« Agriculteurs en colère »

 

 

Nous sommes attaqués par des explosifs (aussi ridicules soient-ils en taille, nos oreilles en sifflent encore), lancés par des manifestants qui n’ont pas oublié d’arroser leur soif toute la journée. Bien loin des clowns activistes, ceux-là n’ont pas négligé le nez rouge mais ne nous font pas rire et n’ont rien de pacifiste. Les canons à eau ont eu raison de quelques-uns de leurs incendies et des têtes un peu trop brûlées de certains d’entre eux. On a eu droit à une petite douche de lacrymo (quand même, ça nous aurait presque manqué), une bonne dose de policiers, d’infiltrés, de journalistes, d’armes « légales » et une impression de déjà-vu devant ce tableau de Bruxelles post-apocalyptique.

- Crise du lait et du secteur porcin: manifestation des agriculteurs en marge du Conseil européen extraordinaire des ministres de l'Agriculture - Europese Landbouwraad: betoging landbouwers & melkboeren 7/9/2015 pict. by Christophe Licoppe © Photo News

– Crise du lait et du secteur porcin: manifestation des agriculteurs en marge du Conseil européen extraordinaire des ministres de l’Agriculture
7/9/2015
pict. by Christophe Licoppe © Photo News

La violence morale de ces individus nous rappelle étrangement celle avec laquelle les nouveaux occupants de la ferme des Bouillons sont arrivés. Nous relèverons ce curieux parallèle : un machiavélisme bien installé dans le regard, un potentiel destructeur et ravageur hors-pair et un manque d’empathie cruel doublé d’une inconscience collective. Et autour de cette scène, des quidams pour certains traumatisés, pour d’autres impassibles, ancrés dans leur petit train-train et qui sont juste dérangés de ne pas pouvoir le prendre à l’heure. Nous pouvons en conclure que ces « Jeunes Agriculteurs » ne respectent ni la population ni la terre qui les accueille : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

En effet en ce jour, quelle rentrée pour la Commission Européenne !
Il y a eu du mouvement du côté des représentants syndicaux agricoles européens.

Ainsi, en un claquement de doigts et certainement avec le concours de quelques pots de vin, nos élus européens ont annoncé le déblocage de 500 millions d’euros de budget d’urgence.
Par cet acte, l’Europe continue son travail de sape en subventionnant toujours les mêmes pratiques : celles qui polluent la terre, la privatisent et divisent les hommes. Cette « agriculture », en lien étroit avec le lobbying des multinationales est à l’opposé d’une agriculture paysanne responsable, familiale, citoyenne, permacole, autonome et autosuffisante. À ce jour, cette dernière est certainement bien plus capable de permettre à la profession de résister aux influences maladives du marché libéral. En outre, en se dédouanant des subventions européennes, les paysans sont leurs propres maîtres et ainsi peuvent largement vivre de leur métier sans passer par la crise que leur confrères connaissent.

Brussels, September 7, 2015. AFP PHOTO/Emmanuel Dunand

Brussels, September 7, 2015. AFP PHOTO/Emmanuel Dunand

Mais faisons quelques pas de côté et prenons du recul : il faut se dire que si cette revendication a lieu, il est nécessaire de comprendre la grande mascarade qu’elle représente. En donnant consécutivement 3 milliards d’euros puis une sucette de 500 millions à la profession agricole, les politiques françaises et européennes se liguent pour faire taire les agriculteurs, et continuer la même dynamique, tant décriée par la Confédération Paysanne.

La confédération paysanne à Bruxelles le 7 septembre 2015

La Confédération Paysanne à la manifestation des agriculteurs à Bruxelles septembre 2015. Crédit photo : www.confederationpaysanne.fr

La ‘Révolution verte’ a-t-elle créé les véritables Djihadistes verts,

et le Greenwashing des travailleurs de la Terre* ?

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* Ceux qui perpètrent des actes violents pour une agriculture toujours plus destructrice ne méritent-ils pas ce qualificatif de « Djihadiste vert »? Ce terme est pourtant celui qu’eux-même utilisent pour désigner les écologistes et les ZADistes, qui adoptent pourtant des méthodes plus respectueuses, plus constructives et bien moins dépendantes des institutions que les leurs. Ce « djihadisme », que relaient les médias et les politiques, les effraie-t-il seulement car sa cible est leur système bancal et injuste ?


Pour mieux comprendre la crise de l’élevage :

« Il n’est pas possible de revendiquer du matin au soir et tous les jours, davantage de libéralisme et de compétitivité, puis, avec le même aplomb, d’exiger des soutiens publics des aides pour faire face aux conséquences entrainées par ce qui a été revendiqué et obtenu. » Tribune de Michel Berhocoirigoin, ancien président d’Euskal Herriko Laborantza Ganbarae (Chambre d’Agriculture Alternative du Pays Basque) sur les responsabilités de la FNSEA dans la crise agricole à lire ici sur Reporterre.

Un commentaire

  • Barré nicolas citoyen

    Félicitation pour votre article, je partage et le partage sans avoir a en modifier une virgule.

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