Retour sur la soirée « Archéologie aux Bouillons »

Ce soir-là, le vendredi 1er février *, le site de la ferme des Bouillons a vieilli de deux mille ans, et l’actuelle ferme s’est agrandie de 3 hectares.

Philippe Fajon, ingénieur d’étude au service régional d’archéologie (Drac), et spécialiste de l’histoire des paysages, membres de l’unité Archéologique et Sciences de l’Antiquité du CNRS et du GIP « Seine aval », avait répondu à notre invitation. Il a fouillé avec une collègue le terrain des Bouillons au moment de la construction de la rocade Bois-Guillaume Mont-Saint-Aignan (RD43) en 1998, et a publié les conclusions de ses recherches en les comparant aux quelques rares autres sites connus de la Gaule du Nord-Ouest (voir ici) . Il a  aussi pu observer les tout derniers sondages archéologiques réalisés par une autre équipe au cours  de l’été dernier, demandés par l’aménageur…

Devant plus de cinquante personnes intéressées, sa présentation a d’abord situé de façon très pédagogique le cadre réglementaire de l’archéologie (loi de 2003 dite « de l’aménageur/payeur ») et les contraintes et les plaisirs du métier d’archéologue.

Puis une présentation de photos des vestiges et de fragments retrouvés a permis de dessiner progressivement devant nos yeux le système parcellaire de l’exploitation et le bâtiment principal de la villa antique des Bouillons, ferme gallo-romaine en activité entre le 1er et le 3e siècle après JC. Elle se situe actuellement à peu près sous l’actuel rond-point « Macdo » ou « des mobiles » D’après les récents sondages sur l’ensemble des 7 ha concernés par le projet (toujours inconnu…), peu de structures complémentaires à cette ferme sont à attendre (outre sa partie nord-ouest), mais l’ampleur des informations apportées par cette villa justifie un arrêté préfectoral pour d’autres fouilles archéologiques préventives selon un cahier des charges établi par le représentant de l’Etat.

A l’autre extrémité du terrain, c’est une petite nécropole gauloise qui avait été fouillée et a révélé des objets comme des épées et leur fourreau accompagnant les défunts – nous avons appris que la terre du pays de Caux est d’une telle acidité que les ossements ne se conservent pas.

Nous avons aussi appris que les fouilles dans un tel terrain peuvent nécessiter un  pompage (la ferme des bouillons porte bien son nom disaient les fouilleurs) : encore une zone humide ou du moins de rétention d’eau bien utile ; ou plutôt une zone facilement inondée par rétention superficielle de l’eau de pluie, phénomène classique en Seine-Maritime.

A noter que la soirée s’est prolongée sur des échanges à propos des périodes historiquement beaucoup plus proches, avec des historiens locaux (auteurs de MontSaintAignan : Naissance d’une ville). Des souvenirs encore bien vivaces ont été évoqués par plusieurs participants, comme pour la période très récente où quelques fermes voisines vendaient en « circuit court « lait et oeufs aux Mont-Saint-Aignanais voisins, et où les nombreux chemins de la Vatine qui y menaient fournissaient d’excellentes mûres pour les confitures de septembre.

Alors, bientôt une commission « mémoire orale » de la ferme des Bouillons des années 1950 à 2000 ?

MarieLN

* Dans cette journée décidément à dominante historique, nous avions accueilli Patrice Pusateri, architecte des bâtiments de France, pour une expertise des bâtiments plus fine que celle réalisée jusqu’alors.

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